#BrusselsAttacks : un an plus tard, Anne-Claire revient sur le 22 mars et les journées qui suivirent.

Pendant une semaine, nos volontaires mobilisés pour les attentats du 22 mars témoignent.

Anne-Claire est conseillère en prévention pour les aspects psychosociaux et travaille dans un service de prévention et protection au travail. Elle est depuis dix-sept ans volontaire au Sisu, le service d’intervention psychosociale urgente. Ce service agit pour prévenir et soulager les blessures invisibles de type moral qui touchent les citoyens dans de nombreuses situations

 

«  Je devais entrer en réunion quand j’ai appris qu’il y avait eu une explosion dans le métro après celles de Zaventem. J’ai immédiatement contacté le Sisu pour me mettre à disposition. Dans un premier temps j’ai été amenée à coordonner le call center 1771 qui était à Louvain. Quand nous sommes arrivés sur place, il faut imaginer que les personnes mandatées et affectées au call-center de crise, qui géraient juste avant un call center commercial (agissant cette fois-là pour une marque de café), n’étaient pas bien du tout car cela faisait déjà deux ou trois heures qu’elles étaient confrontées à des gens en panique… Les heures passant, des noms de personnes recherchées revenaient régulièrement et les proches attendaient des nouvelles que nous n'étions pas en mesure de donner. 

Ce jour-là, je ne suis pas rentrée avant 4 ou 5h du matin. Trois heures plus tard, j'étais au boulot. Il était évident, au vu de la situation, que nous serions aussi beaucoup sollicités, comme tous les intervenants psychosociaux de Bruxelles. Parmi les personnes touchées, de nombreux travailleurs: certains avaient perdu des collègues, ou ceux-ci étaient blessés gravement, d'autres se trouvaient dans le métro ou à l'aéroport.

Le soir, je recommençais avec le Sisu… Cette fois à l’hôpital militaire de Neder-Over-Hembeek, rejoignant mes collègues volontaires,  et cela a duré plusieurs jours.  Ce qui était difficile c’est que plus le temps passe plus l’attente est  insoutenable pour les familles. Ce que l'on peut apporter est toujours insuffisant et trop long pour eux. C'est notre boulot de les accompagner dans cette interminable attente. Ce genre de drame vous fait prendre conscience que cela n’arrive pas qu’aux autres. Je m’inquiète de l'expérience que l'on retire tous de cette situation : cela arrivera encore, j’en suis persuadée, mais réagira-t-on mieux, plus efficacement ?

Bien sûr, ce sont des missions qui nous touchent… comme toutes nos missions en réalité. C'est notre boulot, mais ce boulot n'est pas anodin. C'est vrai pour tous les intervenants d'ailleurs. En tant qu'intervenants psychosociaux, plusieurs jours, plusieurs semaines après, nous sommes toujours actifs, nous intervenons pour la remise des objets personnels des victimes avec le DVI (service d'identification des victimes), nous accompagnons jusqu’au bout les familles, notamment jusqu’aux funérailles. Nous préparons au dernier hommage aussi, avec les pompes funèbres : on donne aux familles un maximum d’infos, on ne veut pas les choquer, mais les aider au mieux avant qu’ils ne voient leur proche une dernière fois s’ils le souhaitent.

Ce qu’il me reste un an plus tard ? Curieusement peut-être, chaque personne disparue,  chaque victime prend vie pour nous au fil de ce travail avec les proches. C'est avec ce paradoxe que nous devons travailler… Je me souviens de ma première grosse intervention après l’accident de train de Pécrot en 2001 : encore aujourd’hui je n’oublie pas le visage de Nicolas, une jeune victime de 13, 14 ans…

Les dates commémoratives sont des moments importants, avant tout pour les victimes, mais aussi, d'une certaine manière, pour les intervenants. Les victimes ne sont pas forcément préparées à l'important processus public, médiatique, politique qui y est lié. Cela peut donc être difficile pour eux.  Le 22 mars sera un jour important pour moi, pour tous les impliqués et les intervenants ».

 

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