Vous avez été victime d’une catastrophe, d’un acte de violence intentionnelle ou fortuit, d’un accident.
Vous êtes un proche d’une personne victime d’un tel acte.
Aujourd’hui les blessures morales et psychiques sont reconnues comme de réelles blessures justifiant une prise en compte appropriée. Cette vision gagne du terrain parmi le grand public, les équipes soignantes, les intervenants sociaux, les forces de l’ordre et les représentants de la Justice. Les points qui suivent vont tenter de fournir de l’information générale correspondant à votre situation elles ne peuvent en aucun cas remplacer le contact direct et face à face avec des personnes proches, compréhensives ou stimulantes.
- Etre victime, c'est quoi ?
- Quels symptômes?
- Que faire : comme victime, comme proche ?
1. Etre victime, c’est quoi ?
C’est être mis dans une situation qui par sa soudaineté, son ampleur, sa menace réelle ou symbolique pour la vie de la personne, atteint l’intégrité et la capacité de réaction normale de celui qui en est l’objet ou le témoin.
Exemples :
- Etre impliqué dans un grave accident de la route ayant causé (ou non) des grands blessés ou des décès.
- Etre témoin d’une catastrophe naturelle (tempête, orage, glissement de terrain) avec mort d’hommes et/ou importants dégâts matériels.
- Avoir réchappé à l’incendie ou l’effondrement d’un bâtiment.
- Avoir été confronté à une atteinte importante à ses biens (destruction ou disparition de sa maison, de sa garde-robe, de son travail, de sa collection, …)
- Avoir été témoin ou l’objet d’une agression à main armée.
Cette liste n’est pas limitative.
Ce qui rend la personne « victime » c’est que la nature ou l’ampleur des faits dans laquelle elle est impliquée lui enlève (pour des raisons diverses) ses moyens humains habituels, la met dans une situation d’objet, et la prive provisoirement de la capacité de réagir de manière ajustée.
Dans la situation de victime il n’y a pas d’échelle. Ce qui blesse ou renverse l’un peut ne pas toucher aussi profondément un autre. En général la confrontation avec la perte de l’intégrité physique, la mort ou la fragilité de la vie sont des éléments déclenchants.
2. Quels symptômes ?
Il est malaisé de donner un tableau général des symptômes de la personne-victime. Le meilleur critère est celui que la personne touchée donne elle-même.
Cependant, on peut donner quelques indications qu’il ne faut pas prendre à la lettre ni dans le sens qu’un symptôme seul propulse dans la maladie ou que le fait d’éprouver d’autres sensations ou sentiments exclut de la souffrance propre aux victimes.
- sentiment d’être étranger au monde familier,
- sentiment de culpabilité ou de honte
- irritabilité anormale,
- anxiété à propos du futur,
- peur démesurée de voir se reproduire des évènements critiques,
- perte d’appétit
- douleurs diffuses dans l’abdomen ou le corps,
- abattement, dépression,
- agitation,
- évitement du contact avec les autres mêmes proches
- pleurs sans raison apparente
- difficulté de concentration ou de mémoire
A ces sentiments ou sensations s‘ajoutent souvent la peur d’être devenu définitivement déséquilibré, fou ou malade mental.
| A vrai dire ces réactions sont le plus souvent des réactions spontanées et saines de l’organisme à une situation qui elle sort de l’ordinaire. L’absence totale de réaction pourrait parfois être préoccupante. |
3. Que faire?
comme victime,
- Par rapport à un statut de victime et à un éventuel dossier d’indemnisation :
Faire constater les faits de violence par une autorité publique et/ou un médecin,
Et/ou Déposer plainte
Se faire assister par un avocat
Consulter un bureau d’aide aux victimes
- Pour la gestion de soi et la récupération de ses forces et facultés :
Reconnaître simplement cette situation inhabituelle,
S’accorder du repos, et s’adonner à des activités respectueuses de ses besoins,
Maintenir la routine quotidienne y compris le travail sauf raison majeure
Evaluer les décisions à prendre,
Parler à des personnes accueillantes, bienveillantes et respectueuses
S’adresser à un professionnel de la santé formé,
Et dans une deuxième phase :
Contacter et rencontrer les autres personnes impliquées dans l’évènement
comme proche d’une victime,
On est un proche d’une victime soit parce que:
- on est témoin direct de ce qui s’est passé (sans avoir obligatoirement de liens antérieur avec la victime)
- on a le récit des faits dans laquelle une personne avec qui on a un lien a été impliquée
- on découvre par récit ou par observation personnelle les sensations et sentiments d’un proche : membre de la famille, ami(e), collègue.
Comment agir auprès d’un proche victime d’un évènement traumatisant?
- Un premier type d’assistance concerne les actes officiels pour établir le statut de victime et faire constater les faits. Il est fréquent que la personne objet de violence minimise ou néglige l’importance ou la portée de ce qu’elle a vécu et dès lors ne voit pas l’intérêt ou refuse d’entrer dans une telle procédure. >>
- Un deuxième type d’assistance concerne l’aide morale, psychologique ou affective à la personne. >>
- Un troisième type d’assistance concerne le maintien de la routine quotidienne. >>
- En fonction de la nature de l’évènement (cause fortuite, calamité naturelle, acte intentionnel de violence, ) ou de la méconnaissance de la cause et selon la législation en vigueur dans le pays où on eut lieu les faits, il est indiqué de poser des actes officiels : constat, déposition, plainte. Les avocats, les bureaux d’assistance aux victimes ou les associations d‘aide aux victimes sont des relais obligatoires ou utiles.
En effet ces démarches peuvent déclencher une reconnaissance du dommage et des souffrances causées, clarifier publiquement les responsabilités, contribuer à dédommager la victime. Ces éléments contribuent au bon rétablissement des victimes notamment en enlevant le côté caché de la souffrance et la culpabilité.
Une personne touchée par une catastrophe a souvent, dans un premier temps, tendance à minimiser la gravité de sa situation. Des explications claires et bien informées d’une personne de confiance favorisent la mise en route de telles démarches. Il n’est pas exclus que même des professionnels de l’aide aux victimes soient maladroits ou indélicats vis-à-vis de la personne touchée. Là encore la présence d’une personne de confiance peut faciliter les démarches et arrondir les angles des péripéties administratives.
- Le premier désir des proches d’une victime est de soulager la souffrance visible. Parmi les autres désirs, vous pourriez, comme proche, souhaiter un retour rapide de la personne victime à la vie normale et à ses activités et responsabilités usuelles.
Il est malaisé de donner des conseils sur ce sujet. Beaucoup se joue dans une fine sensibilité entre vous et la victime. Il existe en outre plusieurs façons de composer avec ce genre de situation.
Il est assez aisé de dire ce qui est déconseillé et qui ne marche pas :
Ce sont les phrases du genre :
• N’y penses plus, c’est fini.
• Il y en a qui ont vécu pire que toi.
• Tu as de la chance de n’avoir eu que ça.
• Ne pleures pas, ne sois pas triste.
• Sois fort.
• Pense à tes enfants / parents (ou autres).
• A ta place je ferais …ceci ou cela
Ce qui est favorable à la victime ce sont des phrases du type :
• Je comprends que tu aies mal
• Ce n’est pas facile
• Souhaites-tu me dire ce que tu ressens ?
• Je ne ressens pas ce que tu vis mais je le respecte
• Que vois-tu qui pourrait t’aider à présent ?
ou des attitudes empathiques du type :
• Ecoute sans moralisation
• Présence sans jugement sur les commentaires ou réactions de la victime
• Attention régulière aux besoins
• Admettre que la victime ne sera plus tout à fait la même qu’avant les faits en cause
• Observation et gestion de ses propres réactions face à la douleur, au deuil, à la mort
• Tenir compte que se rétablir demande du temps (à titre indicatif : de 6 à 24 mois selon les circonstances et les personnes)
Vis-à-vis des enfants :
• Donnez des informations concrètes sur ce qui s’est passé
• Expliquez que ce qui est arrivé n’est pas la conséquence de ce qu’il a fait ou pensé ou ressenti
• Posez (ensemble) des actes qui contribuent à la sécurité physique et expliquez la disparition du danger
• Ne vous forcez pas à vous montrer fort : si vous ne l’êtes pas les enfants le percevront bien. Prenez d’abord soin de vous, le reste suivra.
Ces attitudes et gestes sont nécessaires et évolueront dans le temps car le processus de rétablissement est long. Ce qui aide le plus est probablement qu’on renonce à aider dans le sens de « remorquer l’autre sur son chemin ». La meilleure aide est vraisemblablement celle qui procure un cadre et un climat favorable à l’assimilation du choc vécu mais pas ce qui tire la victime hors de sa situation. Comme victime d’un acte de violence, on récupère en passant par plusieurs phases dont la durée n’est pas prévisible. Il n’est pas véritablement possible de tourner la page d’un coup, comme on bascule un interrupteur.
- Il est également utile, une fois la première urgence passée, de remettre en route rapidement (en fonction de l’état physique) la routine quotidienne dans le cadre de vie habituel : lever, repas, activités, contacts. Cette routine établit et rétablit une structure de base du temps et des projets. Votre rôle peut-être d’accompagner lors de la reprise de ces activités pour réduire la charge mentale qu’elle pourrait représenter. Vivre ou revivre le cycle quotidien et une routine, chez soi est un ensemble qui marque clairement le retour à la normale et l’appartenance au monde des vivants.