Madeleine Fontaine

Une mamy pleine d'amour et d'humour...

Madeleine Fontaine est volontaire au centre d'accueil des demandeurs d'asile de Nonceveux. Elle y a fêté ses quatre-vingts ans entourée de tous ceux qui l'appellent Mamy.

Elle y donne des cours de français depuis neuf ans. Mais elle donne surtout beaucoup d'amour, l'amour d'une maman comme elle aime à le rappeler.

Comme Madeleine, engagez-vous.
Devenez volontaire.

Voici son récit

"Je m'appelle Madeleine, mais tout le monde m'appelle Mamy, alors appelez-moi Mamy aussi ! J'ai connu la Croix-Rouge pendant la guerre. Mon père était réfugié en France pour échapper à l'enrôlement par les forces allemandes. Ma mère et moi, nous étions restées en Belgique. C'est à la fin de la guerre que nous avons reçu une carte de la Croix-Rouge nous annonçant que mon père se trouvait à Montpellier. A l'époque, nous ne savions même pas où se trouvait Montpellier ! Vous voyez, la Croix-Rouge et l'aide aux réfugiés, pour moi cela remonte à mon enfance et à la guerre.

Je n'oublierai pas que mon père a été lui-même réfugié et qu'un médecin de Montpellier l'aidait en lui versant chaque jour quelques gouttes d'essence dans un jerrican à la fin de sa tournée. Quand le jerrican a été plein, il lui a dit : maintenant, vas-y, tu as assez d'essence pour rentrer en Belgique.

Quand mon mari est décédé il y a neuf ans, j'ai décidé de m'engager dans le volontariat. Je soutenais déjà ma section locale mais je voulais m'engager. J'ai proposé d'aider les jeunes mamans ou d'aider les enfants à faire leurs devoirs. Quand j'étais petite, je voulais être institutrice, mais la guerre ne m'a pas permis de faire des études. Alors aujourd'hui, grâce aux demandeurs d'asile, je suis institutrice, mais avec le cœur d'une maman. Maman était aussi institutrice, alors une maman institutrice, je sais comment elle s'y prend : avec beaucoup d'amour.

Comme j'étais patiente avec les enfants, au fur et à mesure, on m'a demandé d'aider aussi les adultes, j'ai commencé avec Monsieur Cid et Monsieur Ali, mais aujourd'hui ils sont nombreux à avoir suivi des cours de français avec moi. Alors tous les mardis et les jeudis, je viens avec ma petite voiture au centre. Ne croyez pas que je m'ennuie les autres jours. Je suis aussi bénévole dans un foyer pour handicapés mentaux et dans un autre foyer pour alcooliques.

Et puis les résidents viennent parfois me voir à la maison, ils me téléphonent, nous allons faire nos courses ensemble. J'aime bien me promener avec eux bras dessus bras dessous dans mon petit village. Faut parfois voir les têtes quand je me promène avec deux beaux gaillards africains qui me font plein de bisous ! Peu importe le qu'en-dira-t-on !

Dans mon village, tout le monde me donne des vêtements, que je trie et porte pour réparation ici à l'atelier de couture.

Je suis aussi responsable au centre d'accueil de distribuer le ticket de dessert à midi : c'est un poste stratégique, je suis sûre de voir tout le monde ainsi et d'avoir mon bisou.

Quand je vois ce qui se passe en Guinée Conakry aujourd'hui, j'ai un pincement au cœur chaque fois que je croise un Guinéen du centre. On a la larme facile quand on s'appelle Madeleine Fontaine. Mais il faut garder les pieds sur terre, et leur expliquer que la vie en Belgique n'est pas nécessairement une solution. Qu'ils pensent à leur maman surtout. Je leur dis que je ne suis pas leur vraie maman, que s'ils le peuvent, ils doivent retourner auprès d'elle. Je pense beaucoup à leurs mamans qui sont restées au pays, je les invite à leur téléphoner, à leur écrire. Et attention, je veille à ce qu'ils le fassent !

Regardez, j'ai quatre clés, la clé de chez moi, la clé de ma voiture et les deux clés du centre d'accueil. C'est un peu chez moi ici.

Dites-bien que je suis heureuse !"

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